Cet ouvrage, présenté dans un format confortable de 21 × 28 cm, est particulièrement agréable à consulter grâce à une mise en page claire et aérée. Il comporte une table des matières ainsi qu'une préface qui, bien que rédigée en anglais, mérite une lecture attentive. Rick Mooney y introduit notamment la notion de target note (« note cible »), que je rapproche, dans mon enseignement, de la notion de « note copine » : une note dont l'élève connaît précisément l'emplacement sur la touche du violoncelle, quel que soit le doigt utilisé pour la jouer.
L'auteur propose un apprentissage progressif des différentes positions à travers des mélodies simples, musicales et motivantes, faisant ainsi de l'étude technique un véritable travail d'interprétation. Chaque leçon débute par un exercice préparatoire très simple : la note de la corde à vide est suivie de son octave jouée en première position, puis de nouveau de la corde à vide et enfin de cette même octave, cette fois avec le doigté correspondant à la position étudiée. On remarquera que Rick Mooney distingue précisément les différentes variantes d'une même position en employant les termes de position basse, position et position haute.
Cette démarche s'inscrit en opposition à la tradition de l'école française — dont la méthode de Louis Feuillard constitue un exemple emblématique — dans laquelle le premier doigt occupe une place prépondérante dans la construction technique de la main gauche. Je me permets d'insister sur ce parallèle avec La Méthode du jeune violoncelliste, qui fait l'impasse sur plusieurs aspects pédagogiques pourtant essentiels et qui rendent l'approche de Rick Mooney particulièrement intéressante.
La méthodologie adoptée par Rick Mooney demeure constante tout au long des différents cahiers. Le morceau consacré à chaque nouvelle position débute systématiquement par une octave. Celle-ci permet à l'élève de contrôler sa justesse tout en vérifiant simultanément le bon positionnement de la main, pouce compris. Le quatrième doigt est ensuite rapidement posé, avant que les autres doigts ne viennent progressivement compléter la position. Cette démarche permet d'ajuster avec précision les écarts entre les doigts et, par conséquent, d'adapter la main à l'écartement propre à la position étudiée. Au fil des morceaux, ce procédé, fondé sur l'octave puis sur la mise en place progressive de la main, est réintroduit de manière plus discrète, jusqu'à devenir implicite. Il faut retenir que l'objectif est d'amener la main dans son ensemble vers la nouvelle position, avec des écarts de doigts déjà correctement établis, plutôt que d'y placer successivement chaque doigt avec des espacements approximatifs.
Les morceaux débutent systématiquement sur les cordes aiguës avant de se poursuivre sur les cordes graves. Cette progression favorise l'apprentissage des notes voisines, généralement situées une quinte en dessous. Le professeur veillera également à intégrer, dès ce stade, un travail spécifique sur les changements de cordes, qui constituent un autre axe essentiel de la progression pédagogique. Enfin, les premiers morceaux privilégient des rythmes simples et des coups d'archet élémentaires. La difficulté augmente ensuite progressivement, tant sur le plan rythmique que dans la conduite de l'archet, jusqu'à intégrer des techniques plus exigeantes, telles que les sauts de cordes.
Voyons dans le détail l’étude de la 3ème position :
La première mesure a plusieurs objectifs. Elle permet tout d’abord de vérifier la justesse grâce à l’octave de Ré, puis d’installer correctement la position de la main avec son déploiement vers Fa4. Enfin, la note Mi3 permet de vérifier la bonne répartition des doigts dans la position.
L’élément essentiel à retenir est l’arrivée des doigts 1-4 et 3. En réalité, la préparation s’effectue dans un autre ordre : vous posez d’abord les doigts 1 et 3, puis vous jouez le doigt 4. Cette façon de procéder est importante. En effet, on ne pose jamais directement les doigts 1 et 4 ensemble ; on prépare toujours soit 1-3 puis 4, soit 1-2 puis 4. Ce principe permet à la main de conserver une position équilibrée et de rester disponible pour jouer trois des quatre doigts dans la tonalité.
Je vous conseille de commencer avec la main gauche simplement posée sur le genou. Résistez à la tentation de la préparer à l’avance pendant le temps où elle n’intervient pas.
Mesure 6 : Cette mesure traite du changement de corde de la main gauche. Faut-il conserver le 1er doigt sur la corde de La et déplacer uniquement les trois autres doigts sur la corde de Ré afin de jouer le Sib4 ? Quelle stratégie allez-vous adopter, ou existe-t-il une autre technique que vous recommanderiez ?
Mesure 7 : Une question peut se poser concernant le deuxième La (croche). Doit-il être joué à vide afin de vous permettre de revenir sur le Fa2 en première position ? La musicalité doit être respecté et comme le Fa croche suivant est noté 2, c'est donc à cet endroit que le démanché doit être fait. Les changements de corde, de la corde de Ré vers la corde de La puis de nouveau vers la corde de Ré, ne sont pas du tout judicieux
Vous remarquerez que la main gauche utilise les doigtés 1-3-4 en troisième position, puis 1-2 en première position. La justesse devra être particulièrement surveillée, car l'écartement des doigts et l'ouverture de la main diffèrent entre la troisième et la première position. En l'espace de quelques mesures, vous êtes ainsi amené à mobiliser et à consolider un ensemble important de connaissances techniques : les changements de position, les changements de corde, les doigtés, la conduite de l'archet et, bien sûr, la précision de l'intonation.
Nous n'avons pas évoqué la mesure à 4 temps synonyme de régularité d'archet en opposition à une mesure à 3 temps. Il y a matière à travailler l'archet en proportion des temps (2tps tout l'archet). Connaissant l'auteur, la position des deux blanches n'est pas anodine.