La Méthode
Une méthode instrumentale rassemble, dans un ordre logique, les connaissances nécessaires à la pratique d’une discipline musicale. Cette définition révèle déjà une limite : aucune méthode ne peut contenir l’intégralité de la compréhension technique ou théorique dont l’élève aura besoin. Gardez ce principe à l’esprit tout au long de vos études.
Une méthode donne des instructions destinées à produire un résultat durable selon les choix de l’auteur. Elle s’inscrit souvent dans un ensemble d’études graduelles, complétées par des cahiers de perfectionnement indispensables pour élargir vos compétences sur un socle déjà établi.
Idéalement, l’étude d’un instrument devrait être précédée par l’apprentissage du solfège et du chant : l’élève disposerait alors de bases solides et serait habitué à une progression méthodique.
Quelle que soit la méthode, elle n’est que l’index de vos études. Les difficultés croissantes ne sont pas des obstacles : elles sont des manières nouvelles d’aborder un geste ou une idée. Un passage « difficile » n’est jamais difficile en soi ; il est simplement nouveau. Le professeur vous expliquera les raisons des choix de l’auteur et la logique de la progression.
Peu de choses distinguent une méthode d’une partition : la partition n’est qu’un condensé des leçons acquises. Si, en jouant, votre attention se fige sur un passage au point de ralentir votre lecture ou votre jeu, c’est que les étapes de la méthode n’ont pas été respectées. Une partition adaptée à votre niveau doit vous permettre de vous concentrer sur votre jeu, non sur les difficultés qu’elle contient.
Parmi les nombreuses méthodes disponibles, La Méthode du Jeune Violoncelliste de Louis-Raymond Feuillard est immédiatement reconnaissable : son grand format (25×32) assure une excellente lisibilité, et sa couverture jaune est devenue emblématique. On retrouve cette couleur dans les cahiers de La Technique du Violoncelle, du même auteur (éditeur).
L’ouvrage s’ouvre sur une table des matières, une préface et un récapitulatif des abréviations, permettant d’aborder les leçons dans de bonnes conditions — mais toujours avec un professeur pour vous guider.
La Méthode couvre, en 75 pages, l’ensemble du parcours : des cordes à vide de la leçon n°1 jusqu’au jeu au pouce de la leçon n°60. Basée sur la tradition de l’École Française du Violoncelle, elle propose des exercices graduels, chaque leçon se concluant par un petit morceau à deux voix. L’élève peut ainsi jouer avec son professeur des pages de Schumann ou de Bach, ce qui est particulièrement valorisant.
Ici, pas de dessins ludiques ni de mascottes pédagogiques : nous sommes dans la grande musique, dans la sobriété, dans l’essentiel.
Feuillard adopte une logique constante dans les cinq premières leçons :
Le travail du premier doigt (référence fondamentale)
Le tiré‑poussé dans les mesures à 2 ou 4 temps
L’importance des temps forts et faibles
L’introduction des notes liées à la leçon n°6
L’apparition du ternaire à la leçon n°9, sous la forme d’un coup d’archet spécifique.
La progressivité est remarquable, mais de nombreuses notions sont sous‑entendues. C’est précisément ce que je vais éclairer.
Afin de respecter le copyright, je vous incite à vous munir de votre méthode.
Leçon n°1 — Exercices 1 à 4 (Travail sur les cordes de Sol et Do)
1. La corde de Sol : un point d’équilibre naturel
Les premières notes de la Méthode sont jouées sur la corde de Sol.
Ce choix est essentiel : située au centre de l’instrument, elle permet une posture immédiatement correcte.
Le corps ne subit aucune torsion.
Le bras droit se place sans contrainte.
La mise en vibration de la corde est simple, même avec un bras encore trop lourd.
Dès ces premières mesures, l’élève doit apprendre à distinguer deux notions fondamentales :
mettre en vibration la corde,
écraser la corde.
Cette différence conditionne toute la qualité du son.
L’élève doit regarder loin devant lui, et non son archet.
Fixer l’archet modifierait la posture et créerait des tensions inutiles.
Ce que l’élève doit rechercher :
le touché entre crin et corde,
le ressenti du bras dans le geste tiré‑poussé,
la perception de la position de l’archet entre chevalet et touche,
l’évaluation de la distance des cordes adjacentes (Ré et Do).
L’objectif est de sentir où l’on joue, non de voir où l’on joue.
À partir de la deuxième ligne, les notes ne se répètent plus : elles alternent entre Sol et Do.
C’est ici que commence le véritable travail de placement.
À la première note de Do :
Suis‑je trop loin du Sol ?
Mon geste pour revenir est‑il trop large ?
Vais‑je crisper le son en revenant trop vite ?
À la première note de Sol :
Suis‑je déjà placé pour la prochaine note de Do ?
Mon archet est‑il accompagné, ou subit‑il le poids du bras ?
Ces questions installent les bases de la géométrie de l’archet :
distance, angle, anticipation, continuité.
L’élève découvre ici ses premiers repères visuels :
III pour la corde de Sol,
IV pour la corde de Do,
les symboles de tiré et poussé.
Ces symboles sont essentiels : ils introduisent la logique du geste avant même que l’élève ne maîtrise la technique.
Feuillard ne donne aucune consigne concernant le bras gauche dans ces premiers exercices.
Poser la main gauche sur le genou.
La forme naturelle de la main épouse le genou, ce qui :
évite les tensions,
empêche l’élève de chercher la touche,
permet de se concentrer exclusivement sur l’archet,
stabilise le haut du corps.
À retenir
Ces quatre premiers exercices semblent simples, mais ils sont fondateurs.
Ils installent la posture naturelle, le geste tiré‑poussé, la perception des cordes adjacentes, la continuité du mouvement et la distinction entre vibration et pression - le tout sans aucune explication préalable dans la Méthode - leur réussite conditionne toute la progression des leçons suivantes.